Soljenitsyne le camarade, Prix Nobel en 1970, est décédé .
Grande figure de la dissidence en URSS, l'écrivain à la longue barbe aura consacré sa vie à lutter contre le totalitarisme communiste. Il est décédé dimanche peu avant minuit, des suites d'une insuffisance cardiaque.
Né le 11 décembre 1918 dans le Caucase, Soljenitsyne adhère d'abord aux idéaux révolutionnaires du régime naissant et fait des études de mathématiques. Artilleur, il se bat contre les troupes allemandes qui attaquent l'URSS en 1941.
Mais après avoir critiqué les compétences guerrières de Staline dans une lettre à un ami, il est condamné à huit ans de camp à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L'expérience le marque à jamais. Libéré en 1953, quelques semaines avant la mort de Staline, il est exilé en Asie centrale et commence à écrire, puis revient dans la partie européenne de l'immense pays pour devenir enseignant.
Le nouveau dirigeant de l'URSS, Nikita Khrouchtchev, donne son feu vert à la publication en 1962 d'Une Journée d'Ivan Denissovitch (lire ci-contre). Une onde de choc parcourt alors l'URSS et secoue les milieux pro-soviétiques du monde entier.
Alexandre Soljenitsyne a révélé au monde la réalité du système concentrationnaire soviétique dans ses ouvrages Une journée d'Ivan Denissovitch, publié en 1962, Le Premier Cercle (commencé en 1955, version finale en 1968) et l’Archipel du Goulag, publié en 1973. Le Pavillon des cancéreux lui vaut en 1970 le Prix Nobel qu'il ne pourra recevoir qu'en 1974.Soljenitsyne continue à écrire, mais ses livres ne sortent que clandestinement ou à l'étranger, où ils connaissent un grand succès.
Lorsqu'il reçoit le prix Nobel de littérature en 1970, il renonce à aller à Stockholm, craignant de ne pouvoir rentrer dans l'URSS de Léonid Brejnev.
Après la publication à Paris de l'oeuvre de sa vie, L'Archipel du Goulag, qui suscite à nouveau un grand écho dans le monde entier, Soljenitsyne est privé de sa citoyenneté soviétique en 1974. Il est expulsé vers l'Occident, où l'on découvre que l'homme qui avait fait trembler Moscou est un conservateur orthodoxe et slavophile, très critique à l'égard de la société de consommation.
En 1994, il retourne triomphalement dans la nouvelle Russie, où il se rapproche de Vladimir Poutine. Ces dernières années, l'écrivain n'apparaissait plus que très rarement en public. À l'annonce de sa mort, plusieurs hommes politiques et défenseurs des droits de l'Homme russes ont rendu hommage à l'« une des plus grandes figures du XXe siècle ». •
info : Pascal Noble