Jeudi 14 août 2008
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Sanofi Chimie
Le démantèlement peut donc commencer.
Un CCE extraordinaire Sanofi Chimie s’est tenu le 21 février – L’ordre du jour concernait le site de production de Vitry (CPV) – La direction a présenté les
conséquences au niveau de la chimie du groupe de la nouvelle orientation stratégique sur les Biotechnologies – Le CPV deviendrait un site dédié aux biotechnologies – Toutes les fabrications
actuelles de Vitry (chimie et biochimie) seraient transférées sur les autres sites chimie du groupe.
L’intitulé de l’ordre du jour de ce CCE convoqué au dernier moment ne surprenait pas
puisque depuis plusieurs mois les bruits les plus divers couraient sur l’avenir du site de Vitry.
Le CCE de décembre 2007 consacré à l’avenir des sites de fermentation (Elbeuf, Romainville, Vitry) avait mis en lumière les difficultés auxquelles était confronté le site.
La direction s’était appliquée (avec beaucoup d’acharnement) à présenter le site de Vitry comme le plus mal loti des 3 sites (baisse des volumes de 10%, production à tiers dans un environnement
très concurrentiel, produits non protégés, coûts de fonctionnement exorbitants, contraintes environnementales fortes, …).
Et c’est là que la direction est particulièrement habile. Elle a voulu démontré que la situation du CPV était intenable ; mais alors que tout le monde s’attend à une diminution de l’activité, à la
disparition de certaines fabrications, la direction sort de son chapeau un projet miraculeux qui pèsera beaucoup dans l’avenir du groupe !
Tout d’abord, un projet d’investissement conséquent à court terme dans un nouveau bâtiment : une « unité polyvalente de culture cellulaire ». L’investissement est très important : 100 millions €.
C’est la valeur à laquelle est estimée la totalité du site de Vitry !!
Mais à terme le site doit être « dédié » aux biotechnologies afin d’être disponible pour accueillir les nouvelles molécules développées ou acquises par le groupe. Mais il faut de la place pour ça
et les installations classiques de chimie ou de biochimie ne conviennent pas.
Comment faire ? La direction, le plus simplement du monde, annonce que la totalité des productions chimie et biochimie du CPV (à l’exception de du bâtiment 15, converti en « pôle de compétences
cytotoxiques ») seront transférées sur les autres sites chimie du groupe (de préférence en France).
Les bâtiments actuels seront rasés. Le site quasiment désinvesti.
Formellement, on peut considérer que l’usine sera actuelle sera désinvestie et donc disparaîtra. Tout ça dans un délai de 4 ans.
Une autre usine sera construite sur le terrain au fil de l’eau en fonction des molécules nouvelles disponibles.
Conclusion :
- La direction règle le problème de sous-activité dans les sites chimie qui récupèreront l’activité CPV. Elle concentre les problèmes sur un seul site.
- Elle adoucit la problématique Vitry en proposant d’en faire un site stratégique pour l’avenir
- Elle pourra plus facilement « perdre » des produits en route lors des transferts (les vieux produits, considérés comme plus du tout rentables ne seront pas transférés)
Chapeau l’artiste !!
Les questions que se posaient les salariés des différents sites depuis des mois, voire des années trouvent enfin des réponses notamment celle-ci : pourquoi détruire puis limiter les emplois dans la
chimie si ce n’est pour anticiper d’éventuels mouvements de salariés en provenance du CPV ?
Le projet mis en branle est visiblement en gestation depuis plusieurs années.
Et les salariés dans tout ça ?
Tout comme dans le cas de Neuville, la direction veut faire place nette avant d’envisager la transition.
Neuville, site chimie destiné à accueillir une activité vaccins (qui est aussi une activité biotechnologique), a du subir un plan social de plus de 100 suppressions d’emploi sans qu’il soit
possible d’envisager une transition en douceur vers la nouvelle activité.
Il y a fort à parier que la même méthode sera appliquée sur Vitry.
Un processus d’information-consultation du CCE commencera en mars avec la présentation des modalités de la « reconversion » (livre IV). Qui sera sans doute suivi d’un livre III (plan
social).
Et l’avenir ?
La stratégie de la direction semble être en tout cas favorable aux autres sites puisqu’ils récupéreront l’activité de Vitry. Mais il n’y a pas de quoi se réjouir trop vite.
D’une part parce qu’après Neuville et Vitry, n’importe quel site peut être dans le collimateur de la direction pour servir ses projets.
D’autre part, parce qu’à terme, il y a de fortes chances pour que la chimie traditionnelle et la fermentation gros volumes soient des modèles définitivement dépassés dans l’industrie pharmaceutique
(« les bio-médicaments sont en train de succéder aux molécules chimiques et aux substances biologiques d’extraction »1)
En 2011, le marché du bio-médicament devrait atteindre 114 milliards de dollars (14% du marché mondial) avec une croissance de 15,4% (contre 4,4% de croissance annuelle pour le marché traditionnel
du médicament).
EXIGEONS DES GARANTIES COLLECTIVES
POUR L’AVENIR DE CHACUN
· Que des garanties soient données en termes de rémunération et de statut. Que tous ceux qui veulent rester sur la plate forme CPV-CRVA puissent
le faire en conservant leur rémunération et leur statut.
· Que pour le personnel qui souhaite aller vers un changement d’affectation sur un autre site de Sanofi tous les aspects soient pris en compte, rémunération, famille, statut…, par écrit avant
leur transfert volontaire.
· Que des moyens financiers spécifiques soient mis à disposition du personnel qui souhaite un changement de métier, ou une formation liée aux biotechnologies ou à un autre métier.
· Que les emplois de reclassement soient ouverts sur l’ensemble de la plate forme Sanofi de Vitry et dans le groupe.
· Que pour des mesures d’âge au volontariat, des moyens financiers conséquents accompagnent ces mesures. Mesures qui devront aller au-delà des accords groupe existants.
· Que pour les emplois de sous traitant qui seront supprimés, la direction s’assure du
reclassement de chaque salarié dans un bassin d’emploi acceptable et dans leur métier, en lien avec les employeurs de ces entreprises.
Quelques remarques :
Un cafouillage de la CGT dans l’organisation du mouvement. Un tract était sorti sur Vitry
pour inviter les salariés CPV et CRV à se déplacer à CRB le 1er avril.
La veille, la direction veut transiger : OK pour recevoir les salariés, mais uniquement les
salariés du CPV (sous entendu la Recherche n’est pas concernée par le problème).
C’était alors aux salariés de décider, mais la CGT s’engage un peu imprudemment à ce
qu’il n’y ait personne du CRV (alors que l’appel par tract était déjà diffusé).
Résultat, une délégation des 2 sites mais une direction furax qui ne veut recevoir
personne ! Les esprits s’échauffent, le ton monte, les vigiles et les flics semblent se
multiplier comme des petits pains (miracle !). Enfin, tout le monde peut rentrer, mais la
CGT est apparue dépassée (et divisée).
A noter que les télés étaient présentes et … 3 élus du Conseil Général du Val de Marne.
Sur la composition de la délégation : des jeunes salariés pour beaucoup, assez déterminés
et issus de secteurs spécifique (bât 10, GPO1). Une frange radicale qui pousse la CGT.
La délégation, pour déterminée qu’elle était, ne représente pas la totalité des salariés du
site dont beaucoup se voient déjà mutés au soleil de Sisteron ou d’Aramon ….
Sur le livre IV :
Le rapport de l’expert confirme nos craintes : derrière un discours cohérent et enthousiaste, se cache une volonté de liquider le site en l’état … à tout prix.
D’abord, le transfert de toutes les fabrications n’est pas justifié : il y a en effet des fabrications
qui ne posent pas de problème en terme environnemental et qui sont rentables. Le site a
d’ailleurs pour certaines du mal à fournir en interne et pour le tiers !
Rien que pour la chimie organique, 80 postes qui peuvent être préservés en l’état.
Ensuite, les problèmes environnementaux sont le fruit d’une politique site un peu légère. Les
préoccupations environnementales au CPV n’ont jamais été considérées comme une priorité,
alors que le CHSCT a régulièrement alerté la direction sur les dangers qu’il y avait à ne pas
prendre en compte ces problèmes.
Et c’est les salariés qui devraient en faire les frais maintenant ?
Enfin, la nature de l’investissement sur les infrastructures Biotechs (qui, après tout, justifie le
plan) sont trop faibles. Les 100 Millions promis dans un premier temps font pâle figure à côté
des 200, 300 ou 400 Millions d’euros que les concurrents investissent dans des installations
similaires.
D’autant que les économies réalisées dans la cadre du transfert à elles seules permettent
presque d’atteindre cette somme ! En effet, le transfert de la totalité des productions sur
d’autres sites entraîne une économie de 75 M € sur 2007 ! Par exemple, seulement 45 postes
créés sur les sites d’accueil pour la totalité des fabrications de Vitry.
Mais c’est vrai que de tels investissements sont risqués car les risques d’échec sont réels.
Mais alors dans ce cas, pourquoi, liquider tout le site si la reconversion n’est pas assurée ?
On a l’impression que la direction, comme à son habitude veut le beurre, l’argent du beurre et
faire des choses avec la crémière.
Nous considérons que le livre IV ne peut être fermé car il reste beaucoup d’interrogations.
Sur le livre III :
Nos revendications se basent en grande partie sur les désirs des salariés. Toutefois nous
avons des revendications majeures que nous mettons en avant :
- l’augmentation du portage de 4 à 6 ans
- la non limitation du nombre d’Offre Valable d’Emploi (OVE) : le but est de trouver une solution acceptée par le salarié (voir définition OVE)
- une autre définition de l’OVE : la direction limite les critères de définition de l’OVE à 2 (maintien du niveau de salaire, maintien de la qualification). En plus de ces 2 critères, nous
voulons voir les critères suivants :
- Nature du travail posté
- Changement de rythme de travail
- Éloignement géographique
Ces 3 critères doivent être considérés comme rédhibitoires (si le salarié refuse un travail qui implique un nouveau métier, ou un changement de rythme qui peut occasionner une perte de
rémunération conséquente, ou une mutation hors d’IDF, ces offres ne peuvent être considérées comme des OVE)
- tous les salariés qui veulent rester en IDF doivent avoir accès à tous les postes disponibles dans le groupe
- une augmentation conséquente de la prime de départ (licenciement)
Nous défendons la tenue d’une position commune (intersyndicale) sur de revendications phares. Ce qui implique pour chacun de faire des concessions.
L’intersyndicale de Vitry, à l’écoute des salariés, élabore ces revendications communes qu’elle défendra loyalement lors des sessions plénières:
· Pas de licenciements contraints
· Plusieurs OVR sans limitation
· Allongement du portage à au moins 6 ans et augmentation du salaire de 70 à 85% du
salaire net reconstitué.
· Prime de reconversion du site de 10 000 € attribuée à tout le personnel
· Indemnité de départ de 60 000 € auxquels s’ajoutent un mois de salaire par année d’ancienneté
· Maintien d’activités pour préserver l’emploi de ceux qui veulent rester
La direction lâchera au final sur les primes (voir détail LIII) mais pas sur ce qui nous semblait
très important, notamment sur les OVR (Offres Valables de Reclassement).
De plus, la direction a refusé de retirer dans son LIII les critères de licenciement avec ses
coefficients de pondération (professionnels et sociaux). Elle clame qu’elle ne licenciera pas de manière contrainte et qu’elle trouvera une solution pour chacun.
Mais alors pourquoi limiter le nombre d’OVR et maintenir les critères de licenciements ?
Le 2 juillet est le jour théorique pour le recueil de l’avis du CCE pour le livre IV et le livre III.
SUD refuse de donner un avis sur le LIV car ils estiment manquer d’information et de
garanties sur le futur du site (pour ceux qui restent)
SUD donne un avis négatif sur le livre III spécialement à cause des points suivants :
- refus de la direction d’ouvrir le nombre d’OVR
- refus de la direction de prendre en compte les aspects rédhibitoires de ces OVR
- refus de supprimer les critères de licenciement dans son livre III
La CGT refuse de donner un avis sur le livre IV car elle souhaite avoir au préalable l’avis des
CHSCT des sites d’accueil sur le projet.
Toutes les autres OS se prononcent contre le livre IV et le livre III.
L’avis est donné. L’info-consult est terminée. Le
démantèlement peut donc commencer.
Info: Pascal Noble